Tensions entre industriels et distributeurs

Tensions entre industriels et distributeurs

Lundi 27 Avril, cela fait deux mois qu’a eu lieu la fin des négociations entre fournisseurs et distributeurs. Du côté des indus, c’est l’asphyxie, la guerre de prix des distributeurs les mettent en danger. C’est pour cette raison qu’ils ont tiré la sonnette d’alarme en demandant au gouvernement d’intervenir pour faire cesser cette guerre entre distributeurs et pour réguler les pressions tarifaires que leur imposent ces derniers.

rayons supermarchéLa lettre de l’Ilec

Comme écrit dans un de nos articles Déflation, quels impacts pour les industriels? , les industriels subissent la déflation depuis 2 ans, une situation qui s’est encore aggravée avec l’alliance des distributeurs via les centrales d’achats qui durant les négociations annuelles closes le 28 février ont dû concéder de nouvelles baisses de tarifs.
C’est l’Institut de liaisons et d’études des industries de consommation (Ilec) qui fait ce constat dans une lettre ouverte au ministre de l’économie Emmanuel Macron. L’Ilec signifie au ministre qu’il souhaite en finir avec les rabais clandestins, illicites exigés par le distributeur au fournisseur. Et pour preuve de sa bonne fois l’Ilec est allée jusqu’à chiffrer pour la première fois ces sommes. Le chèque global pour les exercices 2013 – 2014 s’élèverait à près de 500 millions d’euros

La tribune de l’Ania

L’association des industries agroalimentaires (Ania) avec 29 autres organisations représentatives du  secteur de l’agro-alimentaire  a également publié le 26 Avril dernier une tribune contre la grande distribution. Les signataires demandent au gouvernement de passer très vite à l’action. La tribune fait part de « pratiques de déréférencement et également des exigences des distributeurs d’avoir des avantages sans contreparties ». Ces pratiques ont été mises en lumière par l’autorité de la concurrence dans un avis rendu le 1er avril 2015.

Les conséquences concrètes pour les industriels et agriculteurs de cette guerre des prix sont l’amenuisement du budget R&D, l’innovation est au quasi point mort. Les engagement sociaux et environnementaux sont de plus en plus difficiles à financer.

Si les emplois actuels ne sont pas menacés, ceux de demain le seraient par manques de financements, d’où un impact direct sur le pouvoir d’achat.

L’accent est mis sur la systémique du phénomène, depuis la multinationale aux agriculteurs, en passant par les TPE PME… Des bases de travail plus saines avec la grande distribution sont souhaitables, avec un retour à une négociation responsable garantissant un juste prix à tous les acteurs : producteurs, industriels, distributeurs et consommateurs. Enfin dans cette tribune, on demande à l’état de passer à l’action en faisant respecter la loi et en sanctionnant donc sévèrement les abus pour dissuader les récidives.

Dans le Figaro, le pdg de la filiale française de Nestlé a aussi dénoncé « la situation extrêmement délicate » dans laquelle la Grande Distribution les ont placé, eux, comme d’autres grands fournisseurs français. La pression aurait été encore plus importante que prévue. Les hausses de coût des matières premières, taxes et salaires n’auraient globalement pas pu être répercutées.

Du côté des distributeurs

Intermarché est soupçonné d’avoir fait pression sur ses fournisseurs pour obtenir des prix toujours plus bas, à niveau de marge équivalente, sans contrepartie. L’enseigne fait l’objet de deux assignations de la répression des fraudes. La DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répressions des fraudes) poursuit le groupe qui devra s’expliquer lors d’une réunion mi-mai. L’amende pourrait atteindre deux millions d’euros.

Pour Michel Edouard Leclerc, il n’y pas aucune raison pour que l’industrie agro-alimentaire vienne se plaindre car « cela fait 14 ans qu’elle propose des hausses de prix ininterrompues aux consommateurs français ». Et il admet sur l’antenne de RTL qu’on est dans la crise mais c’est le cas aussi bien pour les industriels que pour les distributeurs. Et de conclure d’un cinglant « qu’ils ne viennent pas chercher auprès des distributeurs et des pouvoirs publics un moyen d’obtenir des augmentations de prix, ça ne passera pas par nous »

La FCD quant à elle (Carrefour, Casino et Auchan) rappelle que la  baisse des prix a engendré un milliard d’économies soit 50 euros par ménage.

En définitive, chacun reste campé sur ces positions. Le gouvernement devra donc manier la chèvre et le choux en faisant sanctionner les abus de tous bords tout en maintenant la pérennité de chacun des acteurs. Une équation probablement assez délicate à résoudre car elle revêt un nombre d’inconnues assez incertain.