Locavore je mange d'où je suis

Locavore je mange d’où je suis

Non, votre pathologie n’a rien d’exceptionnel, rien d’alarmant !

Vous me dîtes que vous préférez vous servir auprès de maraîchers. Qu’il vous arrive d’acheter à l’AMAP de l’Albanne, à la coop agricole du Tremblay. Que vous choisissez généralement des produits fabriqués à moins de 150km de chez vous.
Rassurez-vous, ce n’est rien, vous êtes juste ce qu’on appelle un « locavore ».

C’est très prisé en ce moment, vous savez ! Manger local, c’est aussi donner du sens à ce qu’on met dans nos assiettes.
Et puis, d’une certaine façon, c’est un acte engagé. Presque politique.

En tous cas, c’est une démarche citoyenne : on fait marcher l’économie locale,  on évite de transporter des marchandises d’un bout à l’autre de la planète, on consomme du frais… Et, entre nous soit dit, c’est généralement pas le même goût non plus !…

Ah non, cher ami, entendons-nous bien ! Vous n’êtes pas forcément un maniaque du Bio.
Bon, c’est sûr, vous avez des appétences communes avec les « biovores » ! Mais vous seriez plutôt… des cousins ! Bon, certes, des cousins germains, mais avec certains points de désaccords. Pas question, pour vous, par exemple, d’acheter des bananes en provenance d’Amérique du Sud sous prétexte qu’elles soient étiquetées « Bio »…

Alors évidemment, vous n’avez pas choisi la voie de la facilité.

Mais je ne vous cache pas non plus que vous avez une sacrée veine d’être en Rhône Alpes. Imaginez-vous qu’il ne serait pas aussi évident de vous approvisionner en mets locaux si vous habitiez Paris (tiens, ça me rappelle un sketch ça, les mélocos 😀 )!

D’ailleurs, vous connaissez peut-être Julie ? Je suis tombé sur son blog l’autre jour. Elle nous parle de son parcours du combattant. Elle a juste essayé de « manger uniquement local pendant une semaine ». A Paris !!!
Elle a écumé toutes les enseignes alternatives, les spécialisées « bio »… Tout ça pour s’entendre dire :  » mais, vous n’êtes pas dans la réalité mademoiselle »…
Pour le coup, il faut aussi accepter de se priver. Hé oui ! Le café, le thé, le chocolat… Les producteurs locaux ne se bousculent pas…
Et puis il faut pouvoir consacrer du temps à sa quête et surtout, se montrer tolérant si l’on veut préserver une vie sociale : « pas évident de maîtriser le contenu de son assiette en dehors de chez soi. »

Bon l’exemple est extrême, j’en conviens, et je sais que vous êtes quelqu’un de suffisamment intelligent pour composer avec.

Car à bien y réfléchir, rien de bien nouveau sous le soleil, non ! Nos anciens étaient tous des « locavores ».
Pas d’apologie passéiste ou de nostalgie du « c’était mieux avant ». L’écologie du XXIème siècle ne fait que réactiver un mode de consommation ancestral. Celui qui faisait qu’on ramassait un fruit non pas quand il arrivait par avion, mais plutôt quand il était à maturité.

L’accent a bien été mis en 45 sur le développement de l’agriculture productiviste en France, pour nourrir l’ensemble de la population après-guerre.

Dans les années 60, c’était la révolution verte comme on l’a appelée, l’agriculture est devenue intensive. Il s’agissait de répondre à un besoin en alimentation pour toute la planète, en améliorant les conditions de vie des producteurs et en corrigeant, autant que faire se peut, les déséquilibres alimentaires de par le monde.
Alors c’est sûr, aucun système n’est parfait et on en revient aujourd’hui vers peu plus d’authentique, un certain retour aux sources.

De fait, ma prescription, vous savez, elle sera bien simple : soignez-vous à grand coup de ce qui vous fera du bien. Faîtes-vous plaisir ! Et ne vous privez pas !
Faîtes comme Jim depuis ses bonnes terres bretonnes : malgré son attention à une consommation locale, « j’aime les bananes et la vanille, je ne suis pas prêt à m’en passer. Il faut garder un peu de bon sens. »

Ce bon vieux Bon Sens Paysan, ou BSP pour nos intimes 😀